« La génération Y, et même Z arrive dans vos entreprises et après avoir balancé vos terminaux muets, vos réseaux poussifs et vos plate-formes rigides Mi…, IB… et Or…, continuera à communiquer, travailler et réseauter avec leur iPhone, gPhone ou Netbooks à connexion 3G, faisant exploser les frontières informationnelles de votre entreprise.
Vous n’allez tout de même pas entourer vos bureaux d’une cage de Faraday ? Vos managers et leur Blueberry ne s’en remettraient pas.» Air connu, qu’on vous a déjà chanté, et qui a une part de vérité, si on admet que vos digital native, qui sont souvent des digital naïve, ne s’adapteront pas, crise oblige, à la « cage dorée» dont parle Michela Marzano dans son livre Extension du domaine de la manipulation : De l’entreprise à la vie privée.
A y regarder de près pourtant, la vraie confrontation ne se fera pas sur l’âge mais sur le rapport à l’autre, au management, à l’organisation, au pouvoir, et même à la connaissance. Il y a d’un côté la génération F, comme Facebook, qui apprend à gérer son voisinage et le voisinage de son voisinage, son réseau, suivant les activités de ses « amis» ou de ses groupes, habituée aux contacts informels et au mélange personnel/professionnel, et dont le paysage social est le réseau.
On est étonné de voir combien de boomers sont de la génération F. De l’autre côté, la génération O, comme Organigramme. Le regard fixé sur la marche suivante, et ceux qui sont sur celle d’en dessous, ou, pire, celle d’à côté. Ils sont (nous sommes ?) les petits soldats de la hiérarchie, à qui on a appris quelques règles de base pour mener sa carrière, parcourant des chemins tracés dans le marbre, qui vont vers le haut pour l’avenir, et embrassent le bas pour le management de leurs équipes. La génération O n’a pas le temps ni l’envie de s’intéresser aux liens transverses, car ils brouillent la clarté de leur paysage social, l’organigramme, beau comme une taxonomie de Buffon ou un arbre généalogique. Et surtout parce que ces chemins transverses ne sont écrits nulle part, se créent souvent spontanément, ne sont pas prévus dans le plan quadriennal, échappent à l’analyse. Posent des problèmes de sécurité et de confidentialité (ou plutôt obligent à se les poser). Remettent en question leur rôle en le complexifiant. Obligent à se construire une vision plus large de de l’entreprise, et de son propre positionnement. La génération O recrute aussi parmi les très jeunes, qui comprennent la règle du jeu ou s’y adaptent.
Or l’entreprise a besoin des deux générations. La F, si elle comprend les enjeux, et les contraintes de l’entreprise, même 2.0. (» l’entreprise 2.0 n’est pas la hippie entreprise» a-t-on lu sur un des tweets). La O, si elle a l’intelligence de comprendre le potentiel des réseaux, du focus sur les personnes et leurs talents plutôt que sur leur poste. Chacune a beaucoup à apprendre de l’autre. Certes, on n’est pas habitués au double flux. Le management des connaissances était depuis longtemps celui des experts, figés dans ce rôle chèrement acquis avec les années d’expérience, et dont ils se sentaient dépossédés quand on leur demandait de partager. Réinventons le troc, celui des connaissances : je te donne mon F, donne-moi ton O, échangeons nos E. Derrière l’échange de savoirs et de savoir-faire naîtra ce qui permettra la transformation des connaissances en objet ou service : la relation.
PS si vous avez entrevu sous F et O la métaphore sur cerveau droit et du cerveau gauche, vous avez gagné. Nous avons besoin des deux, et de la matière blanche qui les relie, dont paraît-il, Einstein était exceptionnellement bien pourvu.
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