Web 2.0, expertises, expériences et vécus : construire de nouveaux rapports aux connaissances pour un développement durable authentique

Changer de repère autant que changer de repaire. Faire évoluer son référentiel autant que s’affranchir des modes, lieux et liens habituels de construction, d’appropriation, de validation, de reconnaissance et de diffusion de la connaissance. S’interroger sur la formidable accélération et la complexité multiples des connaissances nouvelles autant que sur la multitude des moyens d’accès à celles-ci – voire de leurs manipulations. Comprendre les formidables impacts des nouvelles technologies de l’information et de la communication qui amplifient les mouvements tectoniques d’une société de la connaissance et de l’immatériel qui cherche encore sa définition. Percevoir les conséquences infinies de la quête de l’eldorado de cette richesse révolutionnaire promise qu’est la connaissance. …les interrogations sont multiples.
Quand de plus, il devient clair que les gourous sont devenus les spécialistes dans l’art de se « gourer », que souvent la dictature de l’instantané devient plus significative que la réflexion, que le pouvoir est donné au plus bavard, que d’aucun parle d’organisation de la spoliation du savoir alors qu’il s’agit d’un bien commun, que la parole est donnée à ceux qui buzz….les interrogations se multiplient encore. Appuyons nous sur elles, pour poursuivre un débat constructif et vivant sur les enjeux de la transformation des rapports à l’expertise et à l’expérience et lançons-nous dans une fructueuse discussion et une productive controverse :

La « foule intelligente » est elle plus sage que ceux qui pensent pouvoir penser à la place des autres?

Oserions-nous dire que la connaissance est d’abord incarnée? Incarnée dans chacun d’entre nous et de son vécu et qu’elle n’est ni dans les livres ni chez les experts  puisque la connaissance c’est la capacité qu’à chacun à mettre dans son propre contexte des informations désormais accessibles pour résoudre des problèmes – voire même en créer pour innover. Et que de plus,  la connaissance c’est l’autre; autre que l’on connaît, que l’on reconnaît.

Acceptons nous de reconnaître que chacun sait quelque chose d’unique et de rare et que peut être les diplômes sont aussi bien un facteur d’exclusion sociale, d’appauvrissement de la création de connaissances nouvelles, voire un prétexte pour une dangereuse légitimité ?

Si les technologies 2.0 du web inaugurent, entre autres et tout ensemble, la fin de la tyrannie de l’écrit, la puissance des réseaux sociaux, la force du dialogue et des conversations, le renouvellement du lien social, la multiplicité des points de vue et la mise à leur juste place de l’influence des « autorités de connaissances » (medias, experts,…) aussi bien que de nouveaux rapports à la connaissance et aux autres, comment allons nous pouvoir devenir ces entrepreneurs de connaissances, ces cultivateurs de confiance et ces cueilleurs de compétences que la société d’aujourd’hui réclame?

Vérité scientifique, culte de l’amateur et prophète de la peur : comment se situer dans un monde où tout va très vite, où les peurs cèdent à la stérilité confortable et parfois aliénante des principes de précaution et où il est plus facile de douter que de faire confiance ? Confiance, bande passante de la connaissance ou méfiance raisonnée: quelle posture adopter ?

Arguments d’autorité et pouvoir de l’expert qui ne maitrise qu’une miette d’un domaine infiniment complexe ; force,  expérience et limite du citoyen avisé porteur d’un savoir d’usages parfois réducteur quand il choisi l’incantation. Comment éclairer le mieux possible le paysage de la décision, ce théâtre des acteurs où vérité, responsabilité, exemplarité, écoute sont les seule règles qui permettent l’appropriation et la compréhension par tous d’un espoir possible ?

Doit-on réinventer et proposer une nouvelle écologie cognitive et numérique pour approfondir les mille et unes interrogations du rapport à l’expertise? Et comment avancer?

Dans le même temps, on pressent que le développement durable nous invite à revisiter notre rapport aux compétences et aux connaissances. Quand il s’agit de plus en plus de raisonner « métis », de vivre la concertation et le collectif, de quitter le dogmatisme pour que chacun soit éco-gestant plus qu’éco-gestionnaire, on mesure alors que les questions de formation et d’éducation sont au cœur de nouvelles approches dans lesquelles la maitrise des compétences sociétales, techniques, collectives et systémique deviennent clés. Nos réflexions et propositions d’actions devraient tracer les contours à construire de cette école de la solidarité, de l’humilité, de la concertation, de l’innovation et de l’action collective. C’est, entre autres, ce que nous proposons modestement de faire dans le cadre du Cluster Green & Connected Cities avec Gilles Berhault , auteur d’un livre que je vous recommande Développement durable  2.0 : L’internet peut il sauver la planète .

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